170 salariés et zéro heure sup' pas payée
Salaires, canicule, maternité : ce qu'on n'aborde jamais. Les sujets qu'on préfère planquer sous le tapis, et les établissements qui ont choisi d'en parler.
Bonjour à tous,
Entre deux épisodes de canicule, une petite musique revient sans cesse : et si on s'inspirait un peu plus de nos voisins espagnols, pour qui flirter avec les 40°C est presque devenu une habitude ? J’ai traqué leurs bonnes pratiques, si souvent citées en exemple, jusqu’au débat sur les brumisateurs, tranché à Paris cet été. Une chose est sûre : s’adapter aux fortes chaleurs devient un vrai levier pour garder ses meilleures recrues.
Ce numéro s'attaque aussi à un sujet trop souvent absent des politiques RH : la maternité. Entre horaires coupés, soirs et week-ends, beaucoup de professionnelles passent à temps partiel, ou changent carrément de métier, sans qu’on parle jamais vraiment de ce « vrai » retour de congé maternité du secteur.
Et pour finir, portrait de Julia Chican (Maslow), qui prouve qu’un management qui prend soin de l’humain, ça se construit très concrètement.
Sur ce, bonne lecture !
Julia - Mail
🌡️ La canicule profite plus aux étoilés qu’aux brasseries - franceinfo décrypte ce déséquilibre estival : climatisation et terrasses ombragées d’un côté, cuisines surchauffées de l’autre. Un déséquilibre confirmé par l’Umih : 91% des professionnels du secteur se disent impactés, et 79% des établissements rapportent des conséquences pour leurs salariés (fatigue accrue, pauses supplémentaires, difficultés à travailler en cuisine ou en extérieur).
🇪🇸 En Espagne, la canicule ne suspend pas le service, elle réorganise la journée - Depuis un décret de 2023, les employeurs espagnols doivent adapter horaires et postes dès l’alerte météo : jornada intensiva concentrée le matin (souvent 8h-15h), missions extérieures suspendues aux heures les plus chaudes. Depuis cet été, une nouvelle réglementation impose même la fermeture des terrasses de bars et restaurants sans zone ombragée en cas de chaleur extrême. Le ministre du Travail français regarde d’ailleurs sérieusement le modèle espagnol ( ”à Madrid, à 40 degrés, ça fonctionne” ). Et les brumisateurs en terrasse ? En France, ils restent en principe interdits l’été, sauf à Paris, où un arrêté récent autorise leur usage à titre dérogatoire dès la vigilance orange ou rouge canicule.
🔫 Les petites astuces des restaurateurs - De mon côté, je suis directement allée interroger les restaurateurs du quartier à Paris avec une question simple : comment motiver ses équipes pendant la canicule ? Leurs réponses en vidéo : offrir un congé supplémentaire (un samedi par mois), installer une climatisation, jouer avec des pistolets à eau pour des batailles d’eau…
🤖 Big Mamma fait passer ses premiers entretiens par une IA - Environ 800 candidats à des postes juniors ont déjà échangé avec un agent conversationnel avant un premier entretien humain, une pratique cantonnée pour l’instant aux profils où l’attitude prime sur la technicité.
👨🍳 La Nouvelle Garde recrute en mettant ses équipes (et ses avantages) en lumière - Sur LinkedIn, le groupe consacre une série de portraits à ses chefs pour donner envie de postuler. L’occasion de découvrir leur site de recrutement, qui affiche d’emblée quelques avantages (très) bien choisis : pourboires partagés entre cuisine et salle, repas pris en charge à 100% sur le temps de travail (+ une boisson offerte chaque jour), le fait maison (jusqu’aux carcasses et poissons entiers !), semaine de 4 jours en salle avec 3 jours de repos consécutifs, service continu en cuisine, et -50% sur l’addition dans toutes leurs brasseries.
« Dans Top Chef je tirais mon lait vite avant de renchaîner » : la maternité s’invite (enfin) en cuisine
En résumé — Éliminée en sixième semaine de Top Chef 2026, Léa Vautier Lecointre revient sans filtre sur son tournage vécu en plein post-partum, quelques mois après la naissance de sa deuxième fille. Dans une interview, elle raconte :
« Pendant que les autres allaient fumer, moi je tirais mon lait. »
Son mari faisait l’aller-retour à Paris pour récupérer le stock de lait quand il n’y en avait plus à la maison. Son témoignage éclaire un sujet plus large, rarement abordé de front dans le secteur : celui de la compatibilité entre le métier et la vie de famille.
Pourquoi c’est intéressant — Léa Vautier Lecointre joue surtout un rôle de modèle : en le racontant sans filtre, elle montre à d’autres femmes que concilier les deux est possible, dans un métier où l’exemple compte souvent plus que n’importe quel discours RH.
« On n’en parle pas beaucoup et c’est la réalité : il y a des chefs hommes ou des cheffes femmes qui ont des enfants, ils mènent une double vie, en quelque sorte, et il faut montrer que cela existe. Du coup, il faut gérer, c’est une gymnastique ».
Reste que la parentalité en restauration ne se limite pas à un aménagement ponctuel pendant un tournage. Horaires coupés, services du soir, week-ends et jours fériés travaillés se conjuguent mal avec une vie de famille. Résultat, de nombreuses professionnelles demandent un temps partiel ou changent complètement de métier. Cela crée un biais trompeur : on a l’impression de « voir peu de retours de congé maternité », alors qu’une partie des salariées ne revient tout simplement pas, ou pas dans le même établissement.
Ce qu’on retient — La parentalité reste un angle mort du secteur, rarement abordé par les employeurs. Le vrai indicateur qu’on souhaite suivre n’est pas le nombre de retours de congé maternité, mais le nombre de salariées qui reviennent… dans le même établissement.
→ Découvrir son témoignage complet
🔎 Vous avez une belle politique de retour de congé maternité dans votre établissement, ou un bel exemple à partager ? Écrivez-moi, j’adorerais les mettre en lumière dans un prochain numéro.
Julia Chican (Maslow) : Recruter et fidéliser 170 salariés
Son histoire — On a recueilli les propos de Julia Chican dans un récent épisode du podcast Arrière-Cuisine. Cofondatrice de Maslow, elle arpente la restauration depuis le début de sa carrière, passée par la franchise et la food tech (FoodChéri), avant de lancer Maslow. L’ambition dès le départ : un modèle à la fois vertueux (100% végétarien) et grand public. Mais pour elle, l’équation écologique ne tient pas sans l’humain : on ne prend pas soin de l’environnement dans l’assiette si on ne prend pas soin des équipes en coulisses.
Ce que son parcours raconte très concrètement de l’évolution du recrutement et du management :
La transparence salariale, jusque sur la vitrine - Pour recruter ses premières équipes, Maslow a affiché ses grilles de salaires en grand, directement sur les vitrines des restaurants pendant les travaux. Un chef démarre à 2 500€ pour 39 heures, et la règle est absolue : chaque minute passée dans l’établissement est payée, pointeuse à l’appui.
« Le truc que je ne veux plus voir dans la restauration, c’est les heures pas payées. »
L’adaptabilité plutôt que le rythme imposé - Plutôt qu’un modèle unique de semaine de 4 jours, Maslow laisse ses 170 salariés choisir leur organisation :
« On voulait enlever les coupures et faire 4 jours. Sur un gros resto, c’est possible. Mais ce qu’on offre surtout, c’est l’adaptabilité : certains préfèrent 4 jours intenses, d’autres préfèrent 5 jours avec leur mercredi après-midi. »
Un onboarding qui fait tester tous les postes - Chaque nouvelle recrue passe sa première journée à essayer l’ensemble des postes de l’établissement, du bar à la plonge en passant par le run et le pass, suivie d’un point hebdomadaire pendant le premier mois et un catalogue de 25 formations internes dispensées pendant les heures creuses.
Un repas d’intégration animé personnellement - Deux fois par mois, Julia Chican anime elle-même un repas avec les nouveaux arrivants, pour transmettre la culture de l’entreprise et poser les bases des comportements attendus sur le lieu de travail.
Le coaching mensuel plutôt que le management vertical - Un one-to-one d’une demi-heure à trois quarts d’heure par mois, souvent en marchant, sans aucun sujet opérationnel : juste « comment tu te sens ? ». L’objectif : détecter le mal-être avant qu’il ne s’installe.
La parole libérée sur le harcèlement - Des référents formés et identifiés, et le numéro personnel de la cofondatrice disponible pour toute l’équipe.
Pourquoi c’est intéressant — Parce que Julia Chican prouve qu’un modèle « responsable » ne se limite pas à l’assiette : la vraie promesse écologique passe aussi par la façon dont on traite ses équipes.
→ Écouter l’épisode complet du podcast
On se donne rendez-vous à la rentrée pour le prochain numéro !
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