Nourris, logés, blanchis, les saisonniers recrutés au prix fort
Logement saisonnier en crise, investissements immobiliers devenus stratégiques pour recruter, et un post Facebook viral qui a sauvé un restaurateur à bout de souffle… en 24h.
🤝 Vous avez la tête dans le guidon toute l’année et l’été est (un peu) plus calme ? Profitez-en pour revoir vos pratiques RH. Bilans individuels, entretiens d’évolution, nouvelles fiches de poste, process d’intégration… Cette accalmie estivale est le moment parfait pour poser les bases d’une saison 2025 plus sereine.
☠️ Addictions et saison : sujet tabou, sujet crucial. L’été est propice aux excès… y compris côté salariés. Face à la recrudescence des conduites addictives (alcool, drogue, médicaments), l’UMIH a publié un guide prévention très concret. → Guide à intégrer dès maintenant dans votre DUERP, briefings d’équipe et règlement intérieur.
🗓️ Avril et mai pour recruter, juin pour faire face aux désistements. Laissez une annonce de recrutement ouverte pour avoir des candidatures au fil de l’eau en cas de no-show. La concurrence est rude, quelqu’un engagé en mai peut facilement se désister s’il trouve une autre offre mieux rémunérée et avec un meilleur logement.
💶 Les primes de “cooptation” et de “retour” sont en vogue. Par exemple 250€ de "cooptation", si un employé propose un candidat recruté qui fait toute la saison, ou 500€ de prime de retour, si un saisonnier revient d'une année sur l'autre. Ça coûte un peu, mais c’est plus rentable qu’une annonce sponsorisée mal ciblée. Et surtout, ça fidélise.
🔞 Embaucher des mineurs de moins de 18 ans pour un job d'été. Face à la pénurie de main-d’œuvre, les établissements sont de plus en plus amenés à recruter de jeunes mineurs pendant les vacances d’été. Pour rappel, les conditions de travail des mineurs sont très encadrées par le code du travail. Ils ne doivent pas travailler de nuit, être affectés au bar, ou être employés plus de 35 heures par semaine et plus de 8 heures par jour…
💻 Facebook, sous-estimé, revient en force pour trouver des saisonniers : les réseaux et groupes de saisonniers cartonnent pour faire circuler les offres urgentes de dernière-minute.
→ Par exemple le groupe Emploi Saisonnier Hôtellerie Restauration qui compte 52k membres
"Avant de regarder un CV, je demande s’ils ont un endroit où dormir" - le nouveau mantra des recruteurs en zone touristique.
En résumé — À l'approche de l'été, la pénurie de logements abordables fait capoter des milliers de recrutements dans les zones touristiques. Certains saisonniers dorment en tente ou dans leur voiture, tandis que les restaurateurs se transforment en agents immobiliers par obligation. Une crise qui s'aggrave chaque année et qui change radicalement les règles du jeu du recrutement estival.
⚠️ Les saisonniers ne veulent plus vivre à quatre dans une seule chambre : “Le logement, ce n’est plus comme il y a 30 ans. Aujourd’hui, tout le monde veut une chambre individuelle, et ça me paraît normal. Il faut des lieux où les saisonniers peuvent vraiment se reposer, pas forcément être en colocation dans la même pièce.” Frédéric Petitteville, hôtelier-restaurateur à Biscarrosse Plage tire la sonnette d’alarme.
🏠 Restaurateurs et saisonniers en viennent à proposer des home tours sur les réseaux sociaux pour attirer des candidats. Vous l’aurez compris, proposer des logements ne suffit plus, il faut qu’ils soient adéquats, en bon état et attractifs. → Faire la visite complète du mobil-home saisonnier qui a fait 460k vues sur TikTok !
🏆 Le combo gagnant “offre d’emploi saisonnier + logement” est ce qui fonctionne le mieux, et ils l’ont compris :
Plusieurs centaines de milliers d’euros déboursés pour héberger les saisonniers en Corse. Une somme “énorme !” convient Géraldine Floriani, la propriétaire de l’hôtel Marinca-Spa, cinq étoiles, table distinguée par le Guide Michelin, située en Corse, où la carence en hébergement est enracinée dans l’île. → En savoir plus sur ses investissements pour loger les saisonniers
Raphaël Saint-André qui gère Terramar à Capbreton, a investi il y a cinq ans dans l’achat d’une maison à l’entrée de la cité portuaire, en plus des emplacements qu’il réserve au camping municipal au tarif préférentiel dédié aux saisonniers. « Quand on met une annonce avec possibilité de logement, on a davantage de candidats ».
🏗️ Les initiatives privées collectives font flop : Résidences saisonnières, villages saisonniers dédiés, logements modulaires... Les projets privés s'écroulent les uns après les autres. À Parentis-en-Born et Biscarrosse, trois opérations ont capoté face aux coûts d'investissement jugés trop élevés. La raison ? Les restaurateurs hésitent à s'engager financièrement alors qu'ils n'ont aucune visibilité sur leurs besoins en personnel d'une année sur l'autre. Résultat : chacun bricole sa solution dans son coin. → Lire le récent rapport (accablant) de la Cour des comptes sur le sujet
🏢 Les pouvoirs publics tentent de colmater les brèches : La plateforme "Mes Aides" de France Travail centralise désormais les offres d'emploi et les solutions de logement associées. Un bon début, mais clairement insuffisant face à l'ampleur du problème. Certaines régions se dotent de leur propre dispositifs : souvent en lien avec les Crous universitaires, Action Logement, le département, etc. Pas facile d’y voir clair.
Ce qu'on retient — On aurait aimé vous proposer une solution miracle, mais la vérité est qu'aucun acteur n'a encore trouvé LA formule magique. En attendant une hypothétique politique nationale, les établissements qui s'en sortent sont ceux qui prennent le problème à bras-le-corps et investissent directement dans l'immobilier. Acheter ou louer à l'année des logements devient un investissement RH aussi stratégique que les salaires ou les conditions de travail. Les plus malins transforment même cette contrainte en atout de marque employeur. Cruel pour les petites structures, mais c'est la dure réalité du marché.
Quand la fille d'un restaurateur à bout de souffle fait exploser les candidatures
Son histoire — Stéphane Laguette, patron de La Plancha du pêcheur à Ondres (Landes), se levait à 5h et se couchait à 1h du matin, seul aux commandes de son restaurant en pleine saison. Malgré des conditions correctes (service unique au choix et logement possible), impossible de trouver des saisonniers. C'est sa fille Ambre qui, inquiète pour la santé de son père, a pris les choses en main le 30 juin : un post Facebook poignant décrivant l'épuisement de son père, partagé plus de 40 000 fois en quelques jours. "Mon téléphone est complètement saturé, j'ai reçu des appels du monde entier : France, Belgique et même du Cameroun !" raconte le restaurateur encore abasourdi.
Pourquoi c'est intéressant — En moins de 24h, ce qui semblait impossible est devenu réalité : une équipe complète de 27 personnes s'est constituée autour de Stéphane. Ce cas révèle deux choses : d'abord, l'extrême détresse des restaurateurs face à la pénurie de main-d'œuvre, poussés jusqu'à l'épuisement ; ensuite, le potentiel inexploité des réseaux sociaux quand ils sont utilisés avec authenticité et émotion. Ce n'est pas une annonce Pôle Emploi qui a fait mouche, mais un cri du cœur relayé massivement. L'histoire humaine a réussi là où les canaux traditionnels ont échoué.
L'idée à retenir pour les recruteurs — La leçon est claire : dans un marché ultra-tendu, les annonces classiques ne suffisent plus. Ce qui fonctionne ? L'authenticité, l'émotion et le storytelling. Montrer les vraies personnes derrière l'établissement, leurs difficultés réelles, leur passion. Les candidats ne postulent plus seulement pour un job, mais pour faire partie d'une histoire. Alors n'hésitez pas à sortir des sentiers battus : témoignages d'équipiers, appels relayés par votre communauté... L'émotion génère plus d'engagement que n'importe quelle offre d'emploi formatée, même avec un super salaire à la clé.
→ Voir l’histoire de Stéphane et de sa fille
On se donne rendez-vous en septembre en Arrière-Cuisine ?
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