Restaurateurs et travailleurs deviennent la nouvelle cible des politiques
Défiscalisation des pourboires, hospitalisation d’un chef étoilé pour épuisement, les vrais avantages qui font la différence dans vos offres d’emploi et la restauration comme arme politique aux US.
Bonjour ! Cette semaine, une question me trotte en tête : si les politiques français en venaient à s’inspirer des États-Unis, les restaurateurs et les travailleurs du secteur deviendraient-ils… des mascottes de campagne électorale ? Faudrait-il s’en réjouir ou s’en agacer ? À vous d’en juger en découvrant l’exemple du nouveau maire de New York.
Et pour garder un pied dans le concret, on continue à partager des bonnes pratiques RH repérées ces derniers jours. On observe aussi une tendance forte : la montée des prises de parole et des alertes autour de la santé mentale dans le secteur.
Bonne lecture,
Julia
🏥 L’alerte de David Gallienne sur l’épuisement professionnel — Le chef étoilé, vainqueur de Top Chef 2020, s’est retrouvé hospitalisé après un épuisement intense. “À un moment donné, le corps dit stop”, confie-t-il. Son message : “Beaucoup d’entrepreneurs comme moi souffrent dans le silence”. Il plaide pour davantage de solidarité entre confrères et rappelle qu’en France, 25 restaurants ferment chaque jour. La santé mentale dans l’hôtellerie-restauration reste taboue, mais des voix comme la sienne font bouger les lignes.
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💶 Les pourboires défiscalisés jusqu’en 2028 — Sursis fiscal pour les pourboires ! L’Assemblée nationale prolonge l’exonération des charges sociales et fiscales sur les pourboires payés par carte bancaire. Une première victoire pour le secteur, même si certains craignent une pression à la baisse sur les salaires. Pour le ministre de l’Économie, Roland Lescure, la mesure “a deux impacts : maintenir la pression à la baisse sur les salaires et systématiser un peu le sourire”, a-t-il alerté, estimant que ce débat ferait partie des sujets à trancher lors de la présidentielle de 2027. Ce vote n’est pas définitif : les débats budgétaires doivent se poursuivre jusqu’à la mi-décembre entre Assemblée nationale et Sénat et les parlementaires auront l’occasion d’y revenir s’ils le souhaitent.
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💔 Liquidation judiciaire, quand la passion ne suffit plus — Romain Le Cordroch, chef du restaurant Bvañ à Vannes, raconte sans filtre sa liquidation judiciaire après trois ans d’activité. Son message aux futurs entrepreneurs : “On peut être un très bon cuisinier, mais diriger une entreprise, c’est un autre métier. Il faut apprendre à déléguer, à recruter et à préserver sa vie personnelle. Sinon, tout s’écroule”. Un témoignage rare et précieux pour tous ceux qui rêvent de se lancer. → Lire son témoignage complet
✨ Les avantages salariés qui font vraiment la différence — Lors d’un webinar organisé par Business of Bouffe et Square, Benjamin Cohen (Dalia Group), Julia Chican (Maslow Group) et Adrien Aymerich (Café Cortado & Cantina Cortado) ont partagé ce qui marche vraiment dans leurs offres d’emploi. Spoiler : oubliez le remboursement du transport ou le ticket-restaurant. Pour eux, les avantages qui comptent vraiment sont par exemple : peu ou pas de coupures, la semaine de 4 jours quand possible, jour d’anniversaire offert et non travaillé (fort pouvoir symbolique), réductions pour les salariés dans les restaurants du groupe (-30% pour toute la table), abonnement sport sponsorisé (type GymLib), congé menstruel, staff meals qualitatifs. En résumé ? L’important ce n’est pas l’avantage en lui-même, mais le message de bienveillance et pouvoir démontrer une vraie réflexion autour du bien-être.
📸 Oubliez les fiches de poste classiques — Imaginez si vous mettiez autant de personnalité que le chef Valentin Raffaeli dans vos offres d’emploi. Son annonce (repérée par Komando) pour recruter un chef de partie breakfast a dépassé les 3 000 likes sur Instagram. Les codes qui fonctionnent : s’adresser directement à la cible, rédiger en son propre nom (pas un RH), utiliser des photos pour donner des exemples concrets, et surtout, faire ressentir son amour pour le métier. “Je recherche un vrai bon profil. La carte évolue, et le breakfast demande une vraie organisation, je considère ce moment de la journée comme le dîner le soir où vous me retrouverez, y’a pas de diff, c’est le même love derrière.” → Lire l’annonce qui cartonne
🍎 Quand la restauration devient une arme politique pour remporter la mairie de New York
En résumé — Zohran Mamdani, 34 ans et 4 millions d’abonnés Instagram, devient le plus jeune maire de New York depuis un siècle. Sa stratégie ? Utiliser la food comme outil politique de façon inédite. Les articles de presse sur ses restaurants favoris explosent. Contrairement à ses prédécesseurs qui fréquentaient davantage les spots branchés de Manhattan, Mamdani se met en scène dans les restaurants familiaux du Queens, interroge les employés de food-trucks sur l’inflation, organise ses conférences de presse chez Kabab King (son QG indo-pakistanais), et mène une campagne sur le thème de la défense des petits commerces. Il promet notamment un soutien aux commerçants indépendants et familiaux de quartier (aka. les restaurateurs de la Grosse Pomme), une baisse des coûts et de la bureaucratie pour eux. Il veut réduire les amendes de 50%, et soutient l’expansion des permis pour les vendeurs de rue.
Pourquoi c’est intéressant — Mamdani ne se met pas en scène que pour les photos. Il utilise la restauration pour incarner ses valeurs politiques : multiculturalisme, accessibilité, soutien aux petites entreprises et aux travailleurs immigrés. “Il n’y a pas de vie sans nourriture”, dit-il. Contrairement à d’autres candidats, Mamdani a misé sur sa fréquentation de différents “petits” restaurants de quartiers moins huppés. Il comprend que ces restaurants sont à la fois des lieux de célébration ET de travail. Surtout, il ne passe pas sous silence les sujets qui fâchent : harcèlement, impayés, conditions difficiles. Une nuance qui, pour certains, lui aurait fait gagner un vrai crédit auprès des patrons comme des salariés.
Ce qu’on retient — Aux États-Unis, les restaurateurs et travailleurs de la restauration représentent désormais des symboles à conquérir pour les politiques. Ils incarnent l’authenticité, la diversité culturelle, le travail acharné et le rêve entrepreneurial. Mamdani prouve qu’on peut transformer la food en message politique. Reste à voir s’il transformera ces déclarations en véritables mesures pour soutenir le secteur, au-delà de quelques publications Instagram. Un modèle que certains responsables politiques français pourraient être tentés d’imiter ? Réponse lors des prochaines municipales parisiennes (2026)… et peut-être même à la présidentielle.
→ Décryptage de sa victoire dans Vogue US; la promo de ses restaurants préférés à Chinatown ; son échange avec Bernie Sanders autour d’un plat indien dans un petit restaurant de Midtown.
Grégoire de Scorbiac, fondateur de Canard Street - “Nos premiers employés ont adhéré à notre histoire. Ils ont vraiment cru en nous.”
Son histoire — Tout commence sur les marchés de Lille avec une idée simple mais ambitieuse : moderniser et démocratiser le canard en France. Grégoire et son associé démarrent en format street food, où chaque interaction avec les clients nourrit l’identité de la marque. Cette expérience terrain crée une ambiance très particulière : retours rapides, affluence, échanges chaleureux. Après un an, le grand saut : passer du marché au restaurant.
“On passe en un an d’une dînette, où on était les deux associés fondateurs, à un resto avec 10 personnes qu’il a fallu recruter.”
“Au départ, on leur vendait le truc, on avait envie qu’ils y croient, quasiment comme des investisseurs”, confie-t-il en parlant des premiers candidats et de ses premiers recrutements. Aujourd’hui, Canard Street est devenu une aventure nationale portée par une culture d’entreprise forte.
Pourquoi c’est intéressant — Chez Canard Street, la culture d’entreprise n’est pas qu’un slogan : elle puise dans l’héritage des étals de marché et dans l’accueil chaleureux du Nord. Grégoire mise sur la confiance, l’autonomie et la bienveillance. “Des trucs qui nous paraissaient évidents, comme deux jours de repos consécutifs, ça paraît évident, mais ce n’est pourtant pas toujours respecté dans la restauration. Pour être sain dans sa tête, il faut avoir un vrai week-end.” Cette approche crée un cercle vertueux : des équipes motivées et autonomes sont plus efficaces, engagées et créatives. Résultat ? Canard Street attire et fidélise les meilleurs talents.
“Si on est sympa, si on a un projet, si on a une énergie, si on a envie d’emmener les gens quelque part, forcément, on attire plus.”
L’idée à retenir pour les recruteurs — Grégoire privilégie l’humain avant le CV. “On aime bien les personnes qui déposent leur CV en bonne et due forme. Papier. Je suis venu, je me suis présenté.” Il cherche des personnes alignées avec les valeurs de l’entreprise, ayant un fond bienveillant, et prêtes à s’investir dans n’importe quel poste. La cohésion d’équipe n’est pas anodine en restauration : “Il faut que les gens aient envie de travailler ensemble. Quand on monte une équipe, il faut bien s’entendre avec ces personnes.” Son secret ? Créer une énergie collective qui donne du sens au quotidien.
→ Écouter l’épisode complet du podcast
On se donne rendez-vous le 11 décembre en Arrière-Cuisine !
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